Ma chérie,
tu as aujourd'hui deux ans.... deux ans de sourires, de rires, de progrés fabuleux, de découvertes....
Deux ans d'inquiétude et de questionnement, et deux ans de tendresse....
Deux ans et neuf mois.....
Comme le temps a passé vite..... et comme tu es belle.... et comme je suis fière de toi... et comme je t'aime...
Grand COMME CA... Grand plein beaucoup.... grand rouge bleu.....
Ma fille, mon amour, je te dis merci. Merci d'avoir fait de moi celle que je suis.
Beaucoup d'émotions ce matin. Je me suis attardée dans ton petit cou qui sentait le pamplemousse....et je t'ai dit :
"ma princesse, il a deux ans, ta maman n'en menait pas bien large à cette heure là, mais qu'est ce que j'étais heureuse.... "
Voici le récit de la journée... le récit d'un jour suspendu dans le cours du temps....
Je l'ai déjà publié, mais on y aura droit tous les ans je crois.....
Un écrin pour ma Jade
Je me suis battue jusqu’au bout avec mon
obstétricien pour accoucher par voie basse. Mais, avec une arthrodèse assez basse, et un bassin mal incliné, le risque était grand de subir un accouchement très long, et très douloureux, voire
dangereux pour moi.
C’est résignée et le cœur assez lourd que j’ai « choisi » la date et l’heure de la naissance de ma fille…. Voici le récit d’un lundi 18
juillet pas comme les autres…
5 heures : Lundi 18 juillet.. Pas besoin de réveil. J’ouvre les yeux, ça y est, c’est aujourd’hui le plus beau jour de ma vie. Je prend un tout petit déjeuner sur
le balcon à 5 heures du matin, avec les oiseaux, et le calme de la foret…… Je suis seule, et je savoure cet instant de quiétude. Bébé est bien au chaud au creux de moi. Une dernière fois, un
dernier tête à tête intra utérin…. Je sais que dans quelques heures, plus rien ne sera plus pareil. Le temps est suspendu entre hier et demain.. . aujourd’hui semble si irréel….
9 heures : Nous partons pour la maternité à 9 heures. Nous sourions, et je suis très calme….
A l’arrivée, nous sommes pris en charge de façon efficace : admission, monitoring, installation dans la chambre, prise de sang, etc etc…. je suis très zen en apparence, mais mon corps me trahit :
plus de veine pour le cathéter, rythme cardiaque élevé et irrégulier.
BB donne de petits coups dans mon ventre. Je suis heureuse, et pas vraiment impatiente… j’attends. Je sais que dans quelques heures, je la tiendrai dans mes bras.
11 heures : Le gynécologue arrive, et m’annonce que j’ai le choix entre anesthésie générale, et rachianesthésie, mais que la rachi comporte un risque, et qu’il n’est pas trop
pour. J’échange un regard avec le papa…. Il hoche la tête. Nous optons pour la sécurité maximale. Notre enfant doit être préservé à tout prix. J’ai quand même des larmes dans les yeux, car je vis
cela comme un vol. On m’a volé le droit de voir ma fille ouvrir les yeux sur le monde…. Le gynéco me propose alors les services d’un reporter photo, qui pourra saisir l’instant magique de la
naissance. J’accepte, sans demander le prix….. je sais que ça va me faire du bien.
13 heures 15 : La Césarienne est avancée de 14H30 à 13H30… vite vite on m’amène au bloc, et on accélère le débit de mes perfusions…. Et là… l’attente. Un accouchement se cale en
salle de travail, le gynécologue a du retard.
Nous papotons tranquillement, pendant qu’on m’installe le champ opératoire… tout va bien. Je suis très très zen. Le papa aussi…. Nous plaisantons avec l’infirmière de bloc. Le lit d’op
est très inconfortable, et je commence à avoir faim. ..
14 heures 15 : Le gynécologue arrive, et là, tout s’accélère. On fait sortir papa le temps de poser la sonde, et de me faire l’anesthésie. Tout le monde s’agite. Je commence à
convulser nerveusement. Je tremble comme une feuille. J’ai peur soudain. Très très peur. Personne ne parle, ils sont tous à leur affaire. L’anesthésiste me pique, et je panique, je manque d’air,
et j’ai juste le temps de dire : « j’ai peur, je vais mourir….. ». "Mais non Madame Khalam, vous n'allez pas mourir....." me disent deux grand yeux
doux... Silence. Il fait noir.
15 heures : Et puis…. D’un coup la lumière. On me dit, « Madame, tout va bien, votre fille est née…. »
Je demande si elle est belle, si elle a
tout…. Et oui, miracle elle a tout. Elle est parfaite.
C’est trop pour moi. Trop d’émotion. Trop de bonheur. Trop de frustration. Je ne peux plus respirer, hyperventilation, grosse crise de larmes.. je sanglote tout ce que je peux, violemment, .. Je
crie… je suis tellement heureuse…. Et en même temps tellement…. Vide, déçue. C’est donc ça… donner la vie ?
Tout le monde s’en va, je me retrouve seule en salle de réveil…. J’ai froid. J’ai mal. Mal au ventre. Mal au moral. On me met sous morphine. Je pleure encore. Je veux voir ma fille. Je ne
sais rien d’elle. Je demande son poids, sa taille. Et je me rendors…. Je rêve.
16 heures 30 : on me remonte dans ma chambre. J’ai super mal, je ne peux pas du tout bouger. Petitmari est là qui m’attend. Mais pas ma fille. Je suis inquiète. Elle est à la
nurserie pour les soins, mais il a pu la prendre dans ses bras pendant plus d’une heure. Il me dit que tout va bien, et me montre les premières photos…
Ma fille est toute chevelue,brune… et ses yeux sont gonflés…. Je suis un peu déçue, et déçue d’être déçue…. J’imaginais donner naissance à un poupon sans cheveux…plutôt blond. Elle n’a rien à
voir avec mon fantasme. A ce moment, sur cette photo, ç’aurait pu être n’importe quel bébé. N’importe lequel, mais pas le mien….. je me sentais tellement étrangère à cette naissance. A ce
petit être qui dormait, quelquepart, les poings bien serrés… loin de la chaleur de sa maman. Je suis déçue de ne pas avoir vécu son premier regard. Son premier cri. De ne pas avoir été là pour
l’accueillir.
17 heures 30 : mon mari râle un peu, notre fille n’est toujours pas descendue. Il monte alors à la nurserie la chercher, et me l’amène. Il revient, avec un petit paquet dans les
bras. Il me souris, comme intimidé, et me la présente, comme un joyaux précieux. Je la vois, je suis émue aux larmes. Elle dort, toute petite sous son bonnet. Il me la met dans les bras, des
larmes d’émotion plein les yeux…. Et nous restons là, tous les trois, en silence… Tout est bloqué au fond de ma gorge. Et puis, petit à petit un murmure : « bonjour ma belle, tu es belle…. Ma toute petite chérie…. » Elle était si petite, si délicate. Elle sentait si bon. Ses petits doigts tout petits, son petit nez tout rond. Et
ses grands yeux bleus marines si intensément ouverts sur le monde.
A 18 heures, le papa est parti sur la pointe des pieds. Il nous a embrassées, et nous
a laissées en tête à tête….
Ensuite, je me suis retrouvée seule avec elle. Et l’amour est monté dans mon cœur, progressivement, inéluctablement…. L’amour, et le désespoir….
Je n’avais pas senti son odeur, je n’avais pas entendu son premier cri, je n’avais pas vu son regard…….. elle dormait… et moi, j’étais clouée au lit sans pouvoir m’en occuper…
Les 3 premiers jours ont été très durs, allaitement difficile (mamelons trop gros, difficulté à prendre une position confortable à cause de la cicatrice), et petite puce grosse dormeuse qui ne se
réveillait pas pour manger…. Je me suis accrochée avec une puéricultrice de nuit, qui me culpabilisait car Jade
ne mangeait pas assez.
Un an plus tard….. Jade s’ouvre au monde. Elle marche, elle babille, fait mille facéties. Je suis devenue maman. Et même si parfois encore je ravale un
drôle de sentiment quand j’entends un récit de voie basse, je me rends compte que rien ne différencie Jade d’un autre enfant. Que notre attachement est fort, voire fusionnel. Je fini par
considérer ma césarienne comme un accouchement à part entière. Et par considérer que l’essentiel n’est pas cet accouchement, que tout ce qu’il y a avant, et surtout après… tout l’amour qu’on y
met.
J’ai raconté à Jade le récit de sa naissance. Et j’ai écrit ce récit dans son album photos. Pour qu’elle sache à quel point elle a été désirée. A quel point nous l’avons aimée dés le premier
regard. Même si je n’étais pas « opérationnelle » pour la prendre dans mes bras à sa venue au monde, son papa a pris le relais. Et c’est ça qui compte. Jade a des parents qui
l’aiment.
Jade ? c’est ma fille, c’est ma bataille, mon grand amour, la plus belle rencontre de ma vie…
C’est notre fille, cet enfant de l’amour. Nous sommes des parents plus que comblés…..
Voilà….. c’est tout. Et c’est déjà énorme…
Deux ans plus tard..... je relis ce récit avec distance. Ce qui parait tellement important devient un vague souvenir irréel. Est ce que ça nous est vraiment arrivé?
Je me souviens des premiers moments, de mon désarroi. De ce goût métallique dans ma bouche dés que je devais allaiter, de l'odeur du lait partout, de mes vêtements mouillés en permanence, de
l'angoisse du tableau à remplir : quel sein? combien de temps? quelle heure? et de la pression de la pesée le matin.
De son regard interrogateur et profond, de not têtes à têtes nocturnes, de mon angoisse du soir et de ses pleurs, de ma solitude dans cette chambre... de nos calins peau à peau.
Oui, je m'en souviens. Mais surtout, je me souviens du reste, de tout l'aprés, de ce bébé qui s'ouvre au monde, qui se déplie, ouvre ses poings, ouvre ses yeux, exige et babille, rampe et se
lève, chute, se relève, et s'affirme...
Allez.. j'arrête là.. Je vais me mettre à pleurer..
JOYEUX ANNIVERSAIRE MA PETITE CHERIE!
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